Exposition "Les Forts du Boulonnais"

LA TRISTE HISTOIRE DU FORT DE WIMEREUX

On parle toujours du « Fort de Wimereux », comme s’il existait encore. Et très souvent, on s’interroge à son sujet. On en impute volontiers la construction à Napoléon 1er. Il n’en fut rien. Il a été construit sous Louis XV. Il s’est lentement désagrégé à partir de 1875. Il eut une lente agonie. C’est le 2 novembre 1956, à la marée de midi, par une de ces journées grises pleines de tristesse, que son dernier pan qui paraissait encore solide, soudain, disparut dans les flots.

Le vieux fort avait renoncé à la vie. Nous étions deux. Yves DOISY et moi-même à constater cette disparition qui nous parut presque volontaire, car la mer, ce jour là, était à peine agitée.
D’où cette idée, en cette dernière année du siècle qui l’a vu disparaître, de vous en raconter, à grands traits, la triste histoire.

C’est le 5 juillet 1744, que le Roi Louis XV, revenant de Calais par la côte, devant la menace anglaise toujours pressante, en décida la construction. Wimereux était alors un hameau de pêcheurs, de pauvres gens. On le sait car le curé de Wimille avait demandé qu’on mette un cheval à sa disposition pour venir les visiter !

Construit de 1757 à 1759

Le Duc Emmanuel de CROY (on prononçait alors Crouÿ) fut chargé en juin 1756 de construire en pleine mer « une tour de défense », en raison de sa science architecturale unanimement reconnue. Il choisi de la faire sur « la roche de TOURNE », un plateau de récifs à fleurs d’eau, sis à 200 toises de la côte et à environ 30 toises de la laisse de basse mer.
Il décida de construire d’abord une rampe d’accès partant de la grève, en faisant installer, solidement dans cet amas de rochers, « assise par assise », des pierres de taille qu’apportaient des veuves et des femmes de marins, à court de ressources, à qui il offrait, en outre, sur le chantier, des repas appréciés en cette période de disette contre un travail très pénible.

Faisant régulièrement étape au château d’Honvault, le duc en suivit la construction très attentivement, dès mai 1757.

En juin et juillet, la construction avançait sur un rythme soutenu mais en août une tempête de plusieurs semaines failli tout emporter.
Les 400 ouvriers qui y travaillaient posèrent d’énormes crampons de fer, portèrent l’épaisseur des murs à 12 pieds et installèrent des brise-lames, sous la direction de l’ingénieur du Roi, DE BEAUVILLIERS.
La milice garde-côtes prit possession de l’ouvrage le 22 juillet 1758 mais la construction définitive de l’ensemble – une grosse tour demi cylindrique, un corps de logis en retrait et un magasin à poudre – ne fut achevé que l’année suivante. Il fut alors armé de 8 canons de 24 livres, montés sur des affûts géants, conçus spécialement, tubes inclinés à 25 degrés d’une portée de 1900 toises (environ 4 000 m) et de 4 gros mortiers de marine.
La tour possédait deux portes, une côté mer, une face à la terre.
Sa devise était « contre les flots et contre les ennemis ».

Restauré en 1804

Le Camp de Boulogne du 1er Empire lui redonna une place de choix. Sur ordre de Bertrand, le Major de l’Armée d’Angleterre, qui fit creuser le port de Wimereux, il fut restauré par le Colonel Baron d’ODRE, armé d’abord d’un mortier de 12 pouces et de 4 canons de 24, puis de 8 canons de 24, toujours haut perchés.

Il fut alors doté d’un fourneau à réverbère, c’est-à-dire d’un phare et d’un mât à signaux en liaison avec l’observatoire de la Rochette.

Napoléon le visita certainement mais on ne sait à quelle date. L’artilleur de formation qu’il était, fut très intéressé par l’armement qui lui donna satisfaction.

D’abandon en abandon

Il fut immédiatement abandonné en 1815 pour ne pas mécontenter les Anglais vainqueurs qui en avaient gardé un bien mauvais souvenir.
Le fort de Wimereux était le plus redouté des sept ouvrages qui défendaient  la côte boulonnaise.